Les arts de la table au 18e siècle : un déjeuner en tête-à-tête
Les arts de la table au 18e siècle : un déjeuner en tête-à-tête
La dégustation des boissons chaudes thé, café et chocolat devient très à la mode dans les milieux bourgeois du 18e siècle et constitue souvent un moment privilégié de la vie domestique. Autour de ce rituel se développent alors des services dits “déjeuner” : il s’agit d’un ensemble en porcelaine, comprenant un plateau assorti aux récipients, pour une ou deux personnes, d’où les désignations de “égoïste” et “tête à tête”. Contrairement à un service de table, le “déjeuner” s’utilise dans les appartements privés, confortablement installé au lit ou dans un fauteuil, et généralement sans recours à la domesticité. Le modèle et le décor du service reflète le goût et la fortune de son propriétaire.
Un décor somptueux...
Les 16 éléments constituant ce service à café et à thé (1) sont une fabrication de la célèbre Manufacture royale de Meissen, comme l’atteste la marque de fabrique des deux épées croisées. Si le modèle est connu par ailleurs (2), son décor est unique et sans doute spécialement réalisé pour un riche commanditaire de la région liégeoise, dont l’identité est aujourd’hui tombée dans l’oubli. Au décor de roses et de lierre polychromes répondent des motifs en or, dont les détails sont très finement polis à la pierre d’agate. Chaque récipient porte une ou deux vues différentes de Liège ou des villes et sites environnants : Spa, Franchimont, Theux, Chaudfontaine et Verviers. Ces paysages-miniatures d’une grande finesse envahissent presque entièrement la surface de la porcelaine blanche : même les cuillères et les petits couvercles reçoivent des paysages minuscules et pourtant si détaillés qu’ils méritent d’être admirés à travers une loupe.
... inspiré par des peintres locaux ?
Dans le passé, l’inspiration des paysages a souvent été cherchée dans l’œuvre de Remacle Leloup (1694-1746). Celui-ci jouit d’une certaine renommée à la suite de l’édition du recueil en cinq volumes des Délices du Païs de Liége, paru entre 1738 et 1744. Cet ouvrage relatant la géographie, l’histoire et les mœurs de notre région est presque entièrement illustré de gravures d’après ce peintre spadois. La grande vue de Liège sur le plateau du déjeuner, ainsi que la vue de Verviers sur la théière sont clairement tirées d’après R. Leloup. Certaines vues se rapprochent des Délices, dont celle de la Place de Spa sur la cafetière, mais présentent déjà des bâtiments plus récents. D’autres vues, comme les promenades et les fontaines à Spa, ne correspondent pas du tout à celles dessinées par Remacle. Une concordance peut ici être trouvée auprès de son fils Antoine Leloup (1730-1802), peintre sur bois de Spa actif à l’époque de la création du service.
Carmen Genten
Conservatrice Département des Arts décoratifs du Grand Curtius
L'objet du mois en vidéo
Emplacement de l'exposition
Les objets sont visibles dans la vitrine de l'objet du mois. Hall d'entrée du musée Grand Curtius à Liège.
Copyright des photos : Ville de Liège - Grand Curtius
Notes
1 ) À l’origine, le déjeuner comportait 17 objets, mais la 4e cuillère était déjà marquante lors de l’acquisition du service en 1971.
2) Le Victoria and Albert Museum à Londres conserve un tête-à-tête du même modèle, n°inv 1328-1871, datant de 1789 et décoré de scènes issues du roman de Johann Wolfgang von Goethe, Les souffrances du jeune Werther.
Légendes
Service à café et à thé “tête-à-tête”
Manufacture royale de porcelaine de Meissen
Porcelaine dure
Vers 1780
Marque de fabrique : Deux épées bleues entrecroisées et une étoile à six branches (période Marcolini)
N° d’inventaire 71/104
Collection Département des Arts décoratifs - Grand Curtius, Liège
Achat, 1971
Nécessaire à écrire et à coudre
Antoine Leloup (1730-1802)
Bois de Spa
2e moitié du 18e siècle
N° d’inventaire 2016/LP/032
Collection Département des Arts décoratifs - Grand Curtius, Liège
Don de Paulette et Louis Pironet, 2017
(couvercle de la grande boite et couvercle d’un boite intérieure)
