Un quadruple intérêt pour l’acquisition d’un recueil qui fait recette : « Receptes pour plusieurs maladies » (XVIIe siècle)

Toute institution muséale ambitionne l’enrichissement de ses collections au travers notamment d’acquisitions. Le Grand Curtius et particulièrement le Département des Arts décoratifs en bénéficie grâce au concours de la Ville de Liège, de l’Institut archéologique liégeois et des Amis des Musées de l’Institut archéologique liégeois.

 

 

Ce précieux manuscrit, acquisition de l’AMIAL, date de la première moitié du XVII e siècle et trouve probablement son origine soit dans le sud des Pays-Bas espagnols soit dans la Principauté de Liège. Même si ce recueil contient quelques formules en latin et en flamand, il est essentiellement rédigé en français et présente un quadruple intérêt : médical, historique, linguistique et folklorique. 

 

Il nous apprend énormément sur l’histoire de la médecine à l’époque moderne à travers des remèdes populaires qui se proposent de guérir ou de soulager une grande quantité de maux  : maux de « chef » (migraines, maladies mentales, épilepties, maladies des yeux, des oreilles, des dents, maux de gorge) ; maux du « pis » (poitrine, rhumes, asthme et pneumonie, maux de coeur) ; maux du ventre (maladies des voies urinaires et en particulier de la pierre...). Des conseils gynécologiques y sont également prodigués. Les « receptes » dressent tout un appareil de soins aussi bien internes (potions, pilules, poudres) qu’externes (cataplasmes, onguets et baumes). Les remèdes empruntent aux trois règnes de la nature, mais surtout au règne végétal. La liste des plantes citées dans ce manuscrit est importante, du safran d’Angleterre au persil d’Alexandrie en passant par le cresson d’Orléans…

 

C’est surtout comme document humain que les recettes sont les plus intéressantes parce qu’elles montrent plus que tout autre texte la vie courante de l’époque.
Certaines sont piquantes en raison des moeurs qu’elles révèlent. Elles sont également précieuses pour l’histoire des superstitions et les rites d’origine magique (« prenés de la pluye de may. le faut engresser du burre de may, faut que la lune soit au defaillant autrement les vers ne meurent point, le cueillez entre deux Notre Dame »).

 

Les vieux remèdes présentent aussi un grand intérêt pour l’histoire de la langue. Il ne s’agit pas d’un traité savant, mais de recettes populaires. Les traits wallons du manuscrit sont ainsi nombreux.

 

Enfin, l’intérêt historique réside dans le fait que ce manuscrit cite beaucoup de personnages célèbres. Leur mention permet de fixer un terminus a quo (« Recepte contre la gravelle fort esprouvé par le sieur de Merode, -contre la ci collique esprouvé par François de Romree. - Contre la carrence esprouvée par monseigneur de Ligny.
- Pour le mal des dents Esprouvé par Michel du petit Tournay à Bruxelles. - Pour quarir la pleurisie esprouvé par le Duc d’Arscot. Pour le gouttes esprouvé heureusement par le Conte Daremberg, Démont en l’an l607 ; Contre La tousse, et oppression de la poitrine donné a mas maistre Jean de Orjo Chyrurgien de Jules et pape de Rome  ; esprouvé plusieurs fois par Madame Degrelle »).

Soo Yang GEUZAINE, Responsable du département des Arts décoratifs